Le barbat persan et le oud arabe : chaînons essentiels vers l'Europe
Probablement d'Asie centrale (Bactriane)
Ier siècle av. J.-C. (Bactriane du nord)
Luth à manche court, grande caisse de résonance
Ancêtre direct du oud arabe
Le barbat est un instrument d'origine persane. Sa première représentation visuelle connue remonte au Ier siècle av. J.-C., dans l'ancienne Bactriane du nord (actuel Ouzbékistan). Le musicologue Jean During a présenté deux images de luths courts comme étant les plus anciennes actuellement connues :
Barbat - vue d'artiste
Voici les détails historiques précis :
Le nom barbat signifie en pahlavi (langue de l'Empire sassanide) "luth à manche court". Une autre étymologie suggère une composition des mots "bar" (ventre) et "bat" (canard), en référence à sa forme caractéristique.
La musicologue Claudie Marcel-Dubois a mis en avant une illustration du barbat issue d'une sculpture du Gandhara, datant du IIe au IVe siècle apr. J.-C., publiée dans l'ouvrage de Curt Sachs The History of Musical Instruments (1940). L'image montre un homme tenant contre sa poitrine le bas du bol arrondi de l'instrument, le manche maintenu à un angle d'environ 45 degrés.
Le barbat possède une grande caisse de résonance piriforme (en forme de poire) et un manche court. Il est très similaire au oud, mais possède une caisse de résonance plus grande. L'instrument était traditionnellement sculpté dans une pièce de bois unique (facture monoxyle), incluant le manche et la caisse de résonance.
Le barbat moderne compte 10 cordes ou paires de cordes accordées ensemble, avec une extension phonique de près de deux octaves. Il a le son le plus profond comparé aux autres cordophones iraniens.
À l'époque sassanide (224-651 apr. J.-C.), le barbat jouait un rôle central dans la musique de cour. Le sommet de l'importance de la musique persane fut probablement atteint sous le règne de Khosrow II (591-628), dont de nombreuses histoires sont racontées dans le Shahnameh (Livre des rois) de Firdousi.
Barbad (ou Bārbad) était le musicien le plus célèbre de la cour de Khosrow II. Musicien-poète, joueur de barbat, théoricien de la musique et compositeur, il est considéré comme l'une des figures majeures de l'histoire de la musique persane. Certaines sources le considèrent comme le "fondateur de la musique persane". Son nom a traversé les siècles au travers de la poésie classique comme symbole de l'âge d'or de la tradition musicale persane.
L'instrument a connu un déclin progressif, notamment à cause de son faible volume sonore qui limita son utilisation à l'époque Kadjar. Il fut plus ou moins éloigné de la musique traditionnelle iranienne. Au cours des dernières décennies, le barbat a été restauré par Ebrahim Qanbari Mehr et joué par des musiciens tels que Hossein Behrouzinia et Mansour Nariman lors de nombreux concerts.
Fin VIe siècle (version en bois par al-Nadr)
IXe siècle par Ziryab (ajout 5e corde)
De l'Irak vers Al-Andalus (Espagne)
Devient le "luth" en Europe
À la fin du VIe siècle, en Irak, une version en bois de l'instrument de style persan, appelée "oud" (العود), fut construite par al-Nadr et emmenée à La Mecque. Le nom vient de l'arabe al-ʿūd qui signifie littéralement "le bois".
Toutes les variantes européennes du mot luth ont pour origine ce mot arabe oud : alaude, laud, lute, liuto, laute, etc. L'oud se caractérise par une caisse de résonance bombée et piriforme, une table d'harmonie percée de plusieurs roses, et un cheviller très recourbé vers l'arrière.
Ziryab, surnommé "le merle noir" en lien avec son teint foncé, est né dans le village kurde de Mossoul en Irak en 789. Musicien prodige, il étudia auprès d'Ishaq al-Mawsili (767-850), fils d'Ibrahim al-Mawsili qui avait fondé à Bagdad le premier conservatoire de musique arabo-musulmane.
À 19 ans, Ziryab révolutionna l'instrument en lui ajoutant une cinquième corde et en remplaçant l'ancien plectre par un nouveau découpé dans une plume d'aigle. Cette innovation marqua un tournant décisif dans l'évolution du luth oriental.
En 822, il fut accueilli par l'émir Abd al-Rahman II en Andalousie (Cordoue). À son arrivée, il créa la première école de musique d'Europe ouverte à tous, financée par le calife. Il introduisit l'oud et la musique orientale en Al-Andalus, influençant profondément la musique européenne.
• Ajout de la 5e corde au oud
• Codification du chant
• Création des techniques vocales (mouachah, zajal)
• Composition de milliers de poèmes mélodiques
• Introduction du système des noubas (musique andalouse)
• Premier conservatoire d'Europe
• Art de la table (ordre des plats)
• Modes vestimentaires
• Cosmétique et coiffure (invention de la frange)
• Introduction des verres à pied pour le vin
oud - vue d'artiste
Le oud arrive en Europe via Al-Andalus (Espagne musulmane) au XIIIe siècle et devient le "luth" européen. L'instrument est introduit par les Maures pendant la conquête et l'occupation de l'Espagne (711-1492). Les croisades entre 1096 et la fin du XIIIe siècle ont probablement été un autre moyen de sa diffusion.
Probablement apparu en Basse-Mésopotamie, le oud s'est répandu dans les pays du Moyen-Orient et du Maghreb avant de conquérir l'Europe, où il deviendra l'instrument noble par excellence de la Renaissance.
En 2022, l'UNESCO a inscrit la fabrication traditionnelle du oud au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Cette reconnaissance souligne son importance dans la musique arabe et persane. La Syrie et l'Iran, gardiens de cet art, perpétuent des techniques ancestrales.
Le barbat et le oud se sont diffusés par plusieurs voies :
L'oud a pris de nombreuses formes selon les régions :