Les origines les plus anciennes des instruments à cordes pincées
IIe millénaire avant J.-C.
Basse-Mésopotamie (actuel Irak)
Premiers instruments à manche et caisse de résonance
C'est en Mésopotamie, dès le IIe millénaire avant J.-C., que l'on trouve les traces des premiers luths. La Mésopotamie (du grec "pays entre les fleuves") désigne la vallée alluviale du Tigre et de l'Euphrate, berceau de civilisations majeures comme Sumer, Akkad, Babylone et l'Assyrie.
Sur un sceau cylindrique mésopotamien de la période akkadienne (vers 2300 avant J.-C.), conservé au British Museum (référence 89096), on trouve l'image la plus ancienne connue de l'usage d'un luth. La position de jeu est bien distincte, mais la facture exacte de cet instrument reste incertaine.
La musique mésopotamienne était à la fois religieuse et profane. L'archéologie a révélé une pratique musicale très ancienne avec la découverte d'os-flûtes vieilles de 6000 ans. Les sources cunéiformes révèlent un système organisé d'échelles diatoniques dépendant de l'accord des instruments à cordes alternant quintes et quartes.
La musique avait, selon les Mésopotamiens, une origine divine. Le dieu tutélaire de la musique s'appelait Enki en sumérien et Ea en akkadien. Les musiciens formaient une classe sociale plutôt élevée car considérés comme indispensables à la vie mésopotamienne.
Très peu d'instruments ont été physiquement retrouvés par l'archéologie en raison de la dégradation dans le sol. Cependant, les représentations iconographiques sur les sceaux cylindriques, bas-reliefs et tablettes cunéiformes fournissent de précieuses informations sur la morphologie et l'usage de ces instruments primitifs.
XVIIe-XVe siècle av. J.-C. (Nouvel Empire)
Importé de Mésopotamie
Musée du Caire (luth intact)
Comme la harpe et la lyre, le luth serait venu de Mésopotamie et introduit en Égypte vers le XVe siècle av. J.-C. Le musée du Caire conserve dans ses collections un luth en parfait état, pourvu de cordes, découvert à Thèbes dans une tombe datant d'environ 1490 avant J.-C.
Luth égyptien conservé au musée du Caire (1490 av. J.-C.) - vue d'artiste
Le luth trouve son berceau à Babylone vers 1800 av. J-C., présent chez les Assyriens, il apparaît en Égypte où on le retrouve dans la tombe d'Ahmosis (1500 av. J-C). Une faïence égyptienne datant de 1400 av. J.-C., exposée au musée de Leyde, atteste de la présence de ces instruments.
Le luth égyptien était formé d'une caisse en bois ou en carapace de tortue et d'un long manche droit. Il serait l'ancêtre lointain des guitares actuelles via le monde arabo-andalou. Les cuillers d'offrande conservées au Musée du Louvre, ornées d'une joueuse de luth et datant de la 18e dynastie (vers 1550-1295 avant J.-C.), témoignent de la popularité de cet instrument le long des rives du Nil.
Dans les temples égyptiens, la musique avait pour finalité à la fois de pacifier les dieux et de les réjouir. Les représentations montrent des musiciens jouant de la harpe devant le dieu Rê-Horakhty, accompagnés parfois d'instruments à cordes pincées comme le luth.
Dans la Grèce antique, la lyre occupait une place prépondérante, associée au dieu Apollon. Les poètes-musiciens grecs s'accompagnaient de la lyre pour réciter leurs épopées. Bien que la lyre ne soit pas un ancêtre direct de la guitare (structure différente), elle représente une branche importante de la famille des instruments à cordes pincées dans l'Antiquité.
Lyre grecque - vue d'artiste
Les Égyptiens ont emprunté la lyre aux Mésopotamiens en l'adaptant. Les cordes étaient frappées à l'aide d'un plectre, une baguette de bois en forme d'amande.
Ces instruments antiques constituent les racines lointaines de toute la famille des luths qui se développera par la suite en Perse, dans le monde arabe, puis en Europe médiévale et Renaissance.